Oui, je suis d'humeur fatiguée. C'est pas une humeur très Noël, mais à vrai dire, je m'en fous.
C’est #Noël. Je sais pas vous, mais ça me dit bien, moi, la trêve de Noël. On est nombreuxses à avoir envie d’une trêve, non ?
Et c’est normal. On est fatigué⋅es. Parce que c’est l’hiver, c'est le moment de ralentir, mais qui ralentit ? Les personnes qui peuvent vivre à leur rythme, celles qui n'ont pas de contraintes horaires, de personnes à gérer, de contraintes de délai ou de travaux qui s'imposent au rythme l'économie ou des catastrophes. Les agriculteurices, aussi, peut-être, mais pas tant qu'on croit.
Mais il n'y a pas que ça. Il y a le monde tel qu'il va. La misère et l'exclusion, elles, ne font pas de trêve, au contraire. Mais au moins, on en parle. Un peu. On évoque ces personnes qui ne vont pas fêter Noël, parce que trop seules ou trop pauvres. Marronnier d'hiver. Cette année, à la sauce COVID. On pourra parler de ces familles qui peuvent enfin se retrouver, et de ces gens responsables qui ont fait le choix de ne pas aller voir leurs vieux parents. Ça changera. Espérons que ça ne fera pas oublier les autres, celleux qui sont toujours aussi seul⋅es et encore plus pauvres. La magie de Noël ne leur donnera pas des conditions de vie décentes. Les illuminations sont magnifiques, les gens qui vivent dehors doivent être ravis !
Oui, je sais, ce genre de sarcasme gâche la magie de Noël. C'est grave, ça, de gâcher la magie de Noël. Tout le monde est prié d'y mettre du sien pour préserver l'ambiance, bonne humeur obligatoire !
Parce que c'est aussi ça, Noël : des injonctions par milliers. On a le droit de ne pas aimer Noël. On peut l'exprimer parfois : ça fait de bons textes ou de bons sketches, mais prière de s'arrêter là. Parce que « t'as le droit de pas aimer Noël, mais c'est pas une raison pour faire chier les autres ». Parce que Noël, c'est la joie « fais pas la gueule, c'est Noël ! », « on va pas parler de ça, c'est Noël ! ». On est (pour celleux qui le peuvent), contents de se retrouver, alors « on est tous ensemble, on passe un bon moment, c'est ce qui compte ». Pourtant, c'est normal d'être fatigué⋅e, et d'avoir envie d'une trêve. Pas juste ralentir la course quotidienne pour entrer dans la course de fin d'année, non, une vraie pause. La bonne humeur forcée, c'est faire bonne figure, pas se détendre, au contraire.
On a le droit de ne pas digérer le racisme du fameux tonton, les propos complotistes de la cousine «qui a les vraies infos par internet», le mépris du cousin zététicien, les critiques de la cousine militante ou les jugements du beau frère bien comme il faut.
On a le droit de ne pas profiter si bien de la fête parce qu'on garde conscience de la consommation et du gâchis. Parce qu'on est végane et qu'on pense à ce que ce bon et joyeux repas implique pour les animaux qui le composent. Parce qu'on pense vraiment à ces personnes trop seules ou trop pauvres, avec lesquelles il est de bon ton de compatir en fin d'année, mais pas pendant le réveillon, quand même, merde ! On pense aux conséquences écologiques, ou aux lois liberticides, et aux violences policières.
Injonction paradoxale : « on est là pour passer un bon moment, si ça te fait chier, fallait pas venir », mais « quand même, c'est le seul moment de l'année où on peut être tous ensemble, ce serait dommage que tu sois pas là ».
Ce qui n'empêche pas que même en étant conscient⋅e du désastre écologique, de la misère, des oppressions et répressions, on a aussi le droit d'être fatigué⋅e qu'on nous les renvoie en boucle dans un discours culpabilisant. Le type de discours qui rappelle les privilégié⋅es à leurs privilèges, les non-activistes à leur inaction, les non-exemplaires à leurs fautes, nous ici notre dépendance à la misère des autres (même, peut-être surtout, les modestes et les pauvres), souvent avec une pointe d'agressivité ou un zeste de mépris (l'un n'empêche pas l'autre). On peut être fatigué⋅e de l'injonction à changer de mode de vie, à avoir la rage, à être pacifiste, devenir activiste, à faire quelque chose, à faire plus que ce qu'on fait, à ne pas faire de trêve.
On peut ne pas accepter de ralentir, de faire une parenthèse parce que si on fait une pause, c'est foutu, parce que pendant qu'on s'arrête, ça continue, parce que…
On peut aussi en avoir besoin. Pour retrouver ses esprits ou ses forces. Pour ne pas tomber. Pour prendre le relais après. Pour faire face au stress permanent. Pour…
On peut aussi, non pas faire une trêve de Noël parce que c'est Noël, mais parce qu'on a un besoin et que cette période creuse tombe bien pour y répondre si on peut. Non pas une trêve de Noël, mais une pause en période de Noël, qui n'oblige personne à faire Noël.
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